NOTRE SANG

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Ce texte a bénéficié de l’aide à l’écriture de l’association Beaumarchais-SACD.

 

Notre Sang – ça parle du moment où l’on met au monde, ça parle à travers les femmes, les sages-femmes, les psys, les articles scientifiques, la poésie. Ça parle de l’accouchement, de l’explosion, de l’éclatement, de la douleur, de l’élan, du gouffre et de l’immensité à laquelle on n’est pas vraiment préparés – le corps et l’infini, deux irréconciliables qu’une naissance unit l’espace d’un instant.

Notre Sang, c’est l’histoire d’une femme dont l’enfant est né. C’est l’histoire de sa quête dans les dédales d’une maternité.
 

Obstinément, elle suit Madeleine, une sage-femme hyperactive et engagée, pour tenter de comprendre ce qui se joue lorsqu’on accouche d’un enfant et peut-être, sûrement, ce qui s’est joué à la naissance de son fils.


Aux consultations parfois étonnantes auxquelles elle assiste sous prétexte d’un projet d’écriture, se mêle le récit de son enquête, celle qu’elle mène sur son propre accouchement et sur l’origine de la peur. Elle interroge et fouille les mémoires de femmes « accouchées » et débordantes d’envie de dire tout en remontant le fil des naissances de sa propre famille, pour trouver l’endroit où l’étau s’est resserré.

Notre dossier à télécharger en .pdf

Production collectif Lilalune etc. avec le soutien de MJC-Théâtre de Colombes, Anis Gras - Le lieu de l'autre, et la fondation Beaumarchais S.A.C.D. 

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Nathalie Matti à propos de son processus d'écriture :

« C’est à la maternité Louis-Mourier, à Colombes, ville où est domicilié notre collectif, que j’ai souhaité que mon enquête débute. En assistant aux consultations pré et post-natales données par les sages-femmes, je me suis immergée petit à petit au sein de la maternité, j’ai rencontré les femmes qui ont accepté ensuite de témoigner, et me suis nourrie de la vie d’une maternité ainsi que du dialogue avec le personnel qui y travaille. C’est également à la maternité Louis-Mourier que j’ai rencontré la sage-femme qui a inspiré le personnage de Madeleine.


Mon écriture se nourrit d’enquêtes et de témoignages. Ce n’est pas du théâtre documentaire, rien ne prétend être exact, je n’enregistre rien. La mémoire est sélective, elle retient les mots les plus forts, même s’ils sont prononcés faiblement, elle retient les descriptions les plus précises même si elles sont noyées sous les rires, et elle retient aussi ce qui fait écho à sa propre histoire. J’aime cette subjectivité, chaque personne rencontrée évoque des sonorités, implique un rythme et provoque un texte qui n’est ni complètement mien, ni complètement sien ; et chaque scène vécue fait avancer l’enquête que la narratrice mène sur sa propre expérience de femme « accouchée ».


Je travaille également à partir d’articles et de documents. Se mêlant au texte, ils viennent en prendre le contre-pied ou l’appuyer, et c’est parfois l’écart entre l’un et l’autre qui provoque le rire ou la réflexion. Par ailleurs, la place du chœur est devenue prédominante au fil de l’écriture. Le chœur des actrices prend en charge à la fois les témoignages de femmes, les textes scientifiques et journalistiques ainsi que les transitions poétiques auxquels il était initialement voué. Ce chœur contemporain dont les actrices se partagent la parole incarne à la fois les mères et la mère, il devient entité incontournable, personnage clé de l’enquête de la narratrice et parfois même semeur de trouble. »

Anis Gras donne la parole à Nathalie Matti

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Le 20 Novembre 2020, alors que les représentations de Notre Sang prévues à Anis Gras n’ont finalement pas lieu, le Lieu de l’autre demande à Nathalie Matti de raconter l’histoire de Notre Sang. (Retrouvez l’article ici).

 

En 2017, Nathalie Matti se lance dans une recherche autour du thème de l’accouchement grâce à une enquête en immersion à la maternité Louis-Mourier. De cette expérience elle en écrit une pièce, avec le collectif Lilalune etc. qu’elle dirige aux côtés de Marie-Emilie Michel. Aujourd’hui Nathalie Matti raconte :

 

« Notre histoire, l’histoire de « Notre Sang », c’est d’abord l’histoire d’une fille qui, deux ans après son accouchement, ne va pas bien. Elle aimerait comprendre ce qui lui arrive, qu’est-ce qui doucement en elle s’est immergé. Elle se débrouille pour suivre une sage-femme dans une maternité, assister à ses consultations, interroger des femmes, les faire témoigner, elle y va comme on « retourne sur les lieux du crime », elle démarre son enquête. Un jour, appuyée sur le bord du bureau de la sage-femme, elle écrit dans son carnet : « Je crois que lorsqu’on accouche, quelque chose se heurte au monde que nous connaissons. » Et là, tout s’ouvre, la pièce peut s’écrire enfin, mêlée de son expérience intime et de celle de toutes ces femmes qu’elle rencontre. C’est une plongée, en elle-même avant tout, il faut se raconter, se faire un peu violence pour aller chercher le vrai et en faire autre chose : Un texte que vous, public, vous pourriez avoir envie d’entendre. Puis, lorsque le texte est là, ce sont les comédiennes qui le prennent en charge, le mettent en corps : recherche, travail, résidences, les choses se clarifient, se démêlent, et de petites victoires en grands miracles, nous avançons, nous sommes ensemble. Enfin, la forme de ce qui sera au plateau se dessine, c’est notre scénographe qui intervient, magicienne à queue de cheval, mètre ruban en guise de baguette, elle dessine ce qui sera, et qui sera beau.Tout est en place, tout ira bien, et ce beau lieu, Anis Gras, qui nous ouvre les bras…Merci. 

 

Mais ça se passe en 2020, en avril, et ce n’est pas une bonne date, c’est une date qui s’efface dans le fond de nos esprits, de nos mémoires, de nos vies confinées. On ne pourra pas, on n’ira pas, on restera chez nous, calfeutrées. Comme nous sommes confiantes en l’avenir, nous voulons que le dessin de notre scénographe magicienne prenne vie, alors nous cherchons, nous cherchons, et malgré tous les obstacles, c’est un métallurgiste inspiré qui intervient et nous sauve. Le décor se construit, et là aussi, ce sera beau. Mai 2020, nous n’avons pas encore de décor mais le Lieu de l’Autre nous ouvre à nouveau les bras, nous nous précipitons, nous nous déconfinons, masques, gestes barrières et toilettes séparées, nous nous lançons à l’assaut de ce qui voudra bien être un jour. Juin 2020, le décor est prêt, on y retourne, tout le monde est sur le pont, ça se monte, ça s’investit. Notre lumineuse éclairagiste nous rejoint, c’est le moment de faire des miracles, de faire venir la lumière à nous. On bosse comme des dingues, on y arrive… on est prêtes, presque. Nous jouerons en novembre. Et puis non, toujours pas, novembre nous échappe en pleines répétitions, encore une fois notre spectacle, nous le garderons pour nous comme un précieux trésor. Mais un jour, Notre Sang viendra, et vous serez là, face à nous. Et nous… nous serons face au monde, et nous nous aimerons. »

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Remerciements

Nous tenions également à remercier nos généreux donateurs et ProArti

qui ont contribué à rendre cette création possible.

Manon Liduena

Christelle Benoit

Chloé Le Bihan

Agnes Pontier

Tania Dessources

Emmanuelle Cordenod

Etienne Lamps

Cédric Le Men

Lucie Demondion

Noëmie Ksicova

Delphine Alexandre

Fernande Juarez

 

Lucie Rochas

Christophe Hélary

Machiel Duijser

Jean Paul Michel

Christiane CC Michel

Laura Mokaiesh

Monique Cottaz Cordier

Marguerite Hême de Lacotte

Isabelle Piot

Malika Galleron

Daniela Matti